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Alexis Peaucelle : étude de la dynamique de la paroi végétale

Son approche se focalise sur le rôle des changements chimiques dans la paroi végétale, en utilisant des outils de microscopie innovants et une approche combinant biologie, chimie et physique

Comment êtes-vous arrivé à INRAE ?
Je suis arrivé à INRAE en tant qu’étudiant de Master 2 et je suis resté en thèse au laboratoire. Mon postdoctorat au laboratoire de physique de Paris 7 était en collaboration avec l’équipe parois primaire de l’IJPB, ce qui m’a permis d’être souvent sur le site. Par la suite, j’ai été recruté comme chargé de recherche sur un profil travailleur handicapé dans cette équipe, que je suis depuis. J’ai pu continuer grâce à une mise à disposition de travailler majoritairement dans le laboratoire de physique de Paris 7 pendant encore quelques années. Par la suite, j’ai réalisé deux années de sabbatique au laboratoire SLCU à Cambridge, dans l’équipe d’Eliot Meyerowitz, avant de rentrer en France et de rejoindre définitivement le laboratoire de l’IJPB. 

Quel est votre sujet de recherche ?
Je cherche à comprendre comment les plantes réussissent à être aussi belles. En d’autres termes, comment elles grandissent et prennent leur forme : c’est la morphogenèse. Je me focalise sur les processus de croissance, et notamment sur le rôle de la paroi cellulaire, cette matrice extracellulaire rigide qui les entoure et qui doit se déformer pour permettre la croissance des cellules. Nous avons montré qu’un changement chimique — la déméthylestérification — d’un des composants de cette paroi, le polysaccharide homogalacturonane, est nécessaire et suffisant pour la croissance cellulaire. Nous avons également montré que ce changement chimique conduit à l’extension de la paroi par un changement de forme, comme une brique qui gonfle.
Dernièrement, il a été montré que ce changement chimique libère du méthane dans l’atmosphère, et que l’augmentation du CO₂ atmosphérique conduit à une plus grande production d’homogalacturonane dont la déméthylation accrue entraîne à la fois une croissance plus rapide des plantes et une libération plus importante de méthane, aggravant l’effet de serre jusqu’à 28 fois celui du CO₂. De plus, le réchauffement climatique conduit de nombreuses plantes à croître plus vite, ce qui semble également passer par une plus grande libération de méthane. Ainsi, notre compréhension du phénomène au cœur de la croissance végétale révèle un risque accru de dérégulation climatique. Face à cette urgence climatique, le laboratoire s’est engagé à utiliser les connaissances et les technologies de pointe que nous avons développées pour contribuer à une économie verte. En effet, une économie durable repose majoritairement sur les polymères et les sucres présents dans la paroi cellulaire. Nous étudions donc comment améliorer la valorisation de ces polymères.

Avez-vous des missions complémentaires ?
J’ai très peu de missions complémentaires. Je siège dans les instances de la Graduate School Biosphera et je suis également membre du conseil de service de l’IJPB. En plus de ma recherche, je donne des cours sur le génie des aliments à Sorbonne Université dans le cadre de la formation d’ingénieurs AGRAL. Je participe également à de nombreuses interventions de vulgarisation pour le grand public. J’apprécie énormément les interactions art et science, comme celles réalisées avec Nicolas Frize dans le Parc du Sausset, intitulées "Virtuose par nature", actu IJPB 11/12/25.

Comment s’organise votre travail au quotidien ?
Mes journées sont toutes différentes ! Les points stables sont les pauses café et la pause déjeuner avec tous les collègues du labo. Sinon, je peux avoir des journées de microscopie, de longues périodes d’analyse d’images, ainsi que les inlassables demandes de financement.
Les temps forts sont les discussions, impromptues ou organisées, avec les collègues et les étudiants, ainsi que les présentations au grand public ou les enseignements à l’université.

Quelles sont vos ambitions, vos envies pour le futur ?
Un seul souhait : que je puisse continuer sur la dynamique actuelle. Grâce à de très grands financements français et européens, nous disposons aujourd’hui de technologies de pointe qui nous offrent une vision novatrice. Je souhaiterais conserver cette avance technologique et technique à l’avenir, en continuant à investir dans les technologies et le savoir-faire. J’espère également que notre approche, combinant recherche fondamentale et application des connaissances vers une valorisation industrielle, sera la plus fructueuse possible, et surtout que je pourrai maintenir ces deux aspects de mon travail. C’est très important pour rester à la pointe des technologies et des savoirs.
Il est essentiel que l’engouement actuel pour notre recherche ne soit pas perdu, sous prétexte qu’elle est jugée trop longue ou trop éloignée d’applications concrètes immédiates. Oui, nous devons trouver des solutions à l’urgence climatique dès maintenant, mais le temps de la recherche est malheureusement long et aussi très coûteux. Pourvu que les attentes légitimes du public ne soient pas déçues par la complexité et la difficulté des révolutions techniques que nous devons mener face aux changements en cours. 

Et après le "bureau" ?
Pendant longtemps, j’ai pu faire de la musique : guitare classique au conservatoire et chant choral. J’ai aussi pris du temps pour me former aux arts picturaux.
Avec les enfants, malheureusement, j’ai progressivement réduit le temps que je pouvais y consacrer. En effet, ces moments artistiques requièrent de pouvoir se séparer complètement du monde pendant un certain temps, chaque jour.
En revanche, j’ai trouvé du temps pour faire de la couture. Face à la monotonie des habits disponibles (à un prix raisonnable), j’ai décidé de fabriquer mes propres vêtements. Ainsi, depuis 10 ans, je m’habille soit avec mes propres chemises, pantalons et manteaux, soit avec de beaux vêtements de seconde main. 

Mini CV
2025 - Directeur de recherche   INRAE
2015 - habilitation à dirige des recherches, Université Paris-Sud 11, actuelle  Université Paris-Saclay
2013-2014 - Mission longue durée Sainsbury Laboratory, Cambridge University et détaché à l’UFR Physique, Université Paris 7, actuelle Université Paris Cité, Laboratoire Matières et Systèmes Complexe
2010-2012 - Détaché à l’UFR Physique, Université paris 7, actuelle Université Paris CitéLaboratoire Matières et Systèmes Complexes, équipe Système Hors-Equilibre : Interaction génétique et mécanique dans la morphogenèse sur le modèle des plantes (approche « évo-dévo »), de la méduse et du poisson zèbre en utilisant la Microscopie à Force Atomique (AFM). 
2008 - Chargé de recherche, INRA Versailles, Laboratoire Biologie cellulaire, équipe Paroi Primaire actuelle équipe phyWALL: Etude du rôle d’une modification chimique de la paroi (déméthylation des homogalacturonanes) dans la mécanique et la morphogenèse des plantes et description de sa régulation génique. 
2006-2007 - Post-doc, UFR de Physique,  Université paris 7, actuelle Université Paris Cité, Laboratoire Matières et Systèmes Complexes : Contrôle mécanique de la phyllotaxie : étude des forces physiques impliquées dans la croissance des plantes. 
2002-2006 Thèse de physiologie des plantes. INRA Versailles, Laboratoire de biologie cellulaire, un des laboratoires fondateurs de l'IJPB
2001-2002 DEA de physiologie cellulaire et moléculaire des plantes. Université Paris-Sud 11, actuelle Université Paris-Saclay


Une recherche développée à l’Institut Jean-Pierre Bourgin - Sciences du Végétal.


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